Cinq heure et demi, un son bourdonne dans ses oreilles, ce foutu réveil qui le force a penser a la journée qui s'annonce, il est quarante-cinq quand les trois parts de cake sont englouties sans préavis, il se lave les dents et va dans la voiture, jetant sur le chemin deux bouteilles de vins vides dans la poubelle grise...
Partir a six heures du matin et s'engouffrer dans ce flot mêlant chaire humaine, carlingues métalliques et autres objets indescriptibles, dans l'obscurité de ce matin d'Automne pas trop froid il distingue vaguement une guirlande de feux rouges stop florissant le long de l'autoroute qui mène à la Défense.
Sept heure et quart il pose pied a terre, ou plutôt a l'eau, sa chaussure droite plonge direct' dans une flaque qui l'attendait sûrement avec impatience, la gratifiant d'une embrassade qui léche la cheville puis le mollet sous le baggy de snowboard qu'il avait mis parce que c'est large, chaud, confortable et surtout ça fait « zuit zuit » quand on marche vite et il marche vite.
Ayant poussé un râle et secouer son pied bêtement sur le trottoir il s'engouffre dans al bouche de métro pour y descendre un arrêt plus tard, arrivé en avance, le bus en retard c'est sous al pluie qu'il va se réchauffer auprès d'un chocolat chaud servi par un asiatique dont le sourire a l'air d'être figé.
Huit heure et demi, enfiloché dans sa combinaison bleue avec double zipette il s'en va dans un camion dont le fonctionnement révèle du miracle, pour arriver sur le chantier de la veille, un cabinet d'esthétique dont le slogan vante une chirurgie sans bistouri pour vous rentre beau, ça sent l'argent a plein nez, nous sommes la avec nos bleus maculés de toutes sortes de produits et nous croisons cet homme avec de belles chaussures bien cirée.
Il y passe la journée, épaulant les autres pour faciliter leur tache, il est stagiaire, il observe !
A midi il mange trois sandwich fait a la va-vite au matin, plain de mie, beurre et jambon Corse, tout cela dégusté dans une camionnette au pare-brise tracé de deux fissures sur laquelle la pluie s'acharne a tomber aussi bruyamment que possible.
Dix-sept heure moins vingt la pluie repart doucement quand il jette sa combinaison dans le camion et s'en va prendre le premier metro', loupé celui-ci est bondé, les gens sont collés aux vitres, le prochain aussi mais un peu moins, un arrêt et il chope la ligne qui le mènera a la défense, pressés comme des animaux dans un enclos lui et tout ces gens qui subissent les conséquences d'un « mouvement social ».
Voila une semaine que les cheminots ont déclarés leur grève, le fameux « mouvement social », merci messieurs le contact humain ça crée des liens, on se sent tout de suite beaucoup plus proche du voisin qui tente aussi desesperement de s'accrocher a la barre, l'amas est tel qu'il n'est plus nécessaire de s'accrocher, le rer étant fermé il se rabat sur le bus, attendre naïvement le bus, celui que l'ont voit passer a cinq reprises bondés, une bonne heure d'attente dans une foule pressante.
Calé dans le siége tout au fond a droite il lit, des courbatures aux jambes dues au petites proportions de ce bus, ou de la longueur de ces jambes, quelques coups de fils, sa mère qui veut savoir ou il est, son auto-école pour dire que c'est bon demain son cours de conduite est annulé et son tuteur qui lui explique le lendemain.
Saint-Germain-en-Laye, il est maintenant vingt heure, une bruine s'acharne a faire friser ses cheveux, elle n'y parvient malheureusement pas car ils sont assez gras, il est sonné, presque perdu, pour la première fois il se sent quelqu'un d'autre, un mec qui en a marre, qui as mis trois heures au lieu de trois quarts d'heures, alors il va s'acheter une bouteille de fanta aux fruits rouges, sort du supermarché et descend lentement la côte sirotant son fanta, il se dit qu'avec du Gin ça passerai bien, il le sait il a déjà essayé, il est maintenant majeur, un petit demi tour et environ douze euros concrétiseraient cette pensée, mais non, trop loin, trop chiant, trop cher, trop con !
Il arrive chez lui, le fanta fini, trempé et énervé, la première réflexion qu'on lui fait fut fatale et sa pauvre petite s½ur qui apparemment n'avait pas constaté l'état de fatigue et qui se trouvait par conséquent au mauvais endroit au mauvais moment fut couverte par un grondement sourd ressemblant vaguement a sa voix quand il est de « mauvaise humeur », il file sous la douche, enfile son jean rouge et va manger des lentilles, de très bonnes lentilles !
Doux bilan d'une fabuleuse journée, il a oublié l'espace d'une journée ce mal-être qui le ronge, ou du moins il a su le mettre de coté, comme avant, comme toujours, aujourd'hui il aurait pu être méchant, cela signifie beaucoup pour lui...
Note : Ne plus lire Lolita Pille dans un bus bondé pendant une période de grève de transport.
P.S : De toute façon nous on s'en fout, on sera riches, célèbres, adulés, on nous enviera en bavant devant un numéro de Gala ou de Voici dont nous ferons la couverture tout souriant, et notre sourire on l'aura pas acheter dans des ventes So VIP mais dans nos poches, nos chaussures, parce qu'on aura vécu la vie que l'on aura voulu, et tout le monde pleurera notre fin !